Les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, évoquent de plus en plus ouvertement une intervention militaire contre le régime syrien en réaction à l'attaque chimique selon eux«indéniable» contre des civils la semaine dernière près de Damas.
Les Etats-Unis prêts à y aller
Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a déclaré que les forces armées étaient «prêtes» pour une action militaire en Syrie si le président Barack Obama donnait son aval, dans une interview mardi à la BBC. «Nous sommes préparés. Nous avons positionné des éléments pour être capables de répondre à toute option choisie par le président, a-t-il déclaré. Nous sommes prêts à y aller.»
Depuis plusieurs jours, le secrétaire d'Etat, John Kerry, multiplie les entretiens téléphoniques avec ses homologues en Europe et au Moyen-Orient.
La France réunit demain un Conseil de défense
François Hollande à l'Elysée ce mardi. (Photo Reuters)
François Hollande, qui s'exprimait lors de la traditionnelle conférence devant les ambassadeurs, a déclaré que «le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse» et que la France était «prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents» en Syrie, où la «guerre civile (...) menace aujourd’hui la paix du monde».Le Président n'a pas annoncé d'intervention militaire mais il a annoncé qu'il réunirait demain un Conseil de défense et a invoqué «la responsabilité de protéger les civils», telle que définie par les Nations Unies. Les Conseils de défense extraordinaires réunissent, à l'Elysée, le chef de l'Etat, le Premier ministre, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, et le chef d’état-major des armées.
«J’ai décidé d’accroître notre soutien militaire à la coalition nationale syrienne (l'opposition, ndlr)», a aussi dit le président sans autre précision.
Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian s'est entretenu avec cheikh Mohammed ben Zayed, commandant en chef adjoint des forces armées émiraties. «Ce sont des pays qui interviennent diplomatiquement très fortement sur la question syrienne et avec lesquels nous avons une coopération stratégique très affirmée, explique l’entourage de Le Drian. Il est absolument nécessaire que nous ayons une conversation avec eux sur le sujet.»
Le parlement britannique convoqué jeudi
Au Royaume-Uni, David Cameron, qui penche également pour une intervention, a convoqué le Parlement pour un vote jeudi sur une«réponse proportionnée» à la présumée attaque à l’arme chimique. Les députés étaient censés être en vacances jusqu'à la semaine prochaine. Sur le plan militaire, Downing Street a confirmé que l’armée britannique se préparait à l’éventualité d’une intervention, et a laissé entendre que la décision d’intervenir pourrait être prise avant que les résultats de l’enquête des inspecteurs de l’ONU en Syrie ne soient connus.
D'autres soutiens à une intervention
La communauté internationale «ne peut pas tourner la tête», estime le Premier ministre australien Kevin Rudd (photo Reuters), dont le pays prendra la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU le mois prochain.
D’intenses consultations à haut niveau ont eu lieu ces derniers jours entre les capitales occidentales pour préparer une «réponse sérieuse», alors que l’armée américaine assurait préparer ses options. Des hauts responsables militaires de pays occidentaux et musulmans entament ce mardi une réunion de deux jours en Jordanie pour discuter «des scénarios»possibles après les «dangereux développements» en Syrie, selon Amman.

Des pays non-permanents au Conseil, comme la Turquie ont également rapidement réagi. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères
Ahmet Davutoglu (photo Reuters), Anakara s'est dite prête à rejoindre une coalition internationale même en l’absence de consensus à l’ONU. «
Si une coalition est formée contre la Syrie lors de ce processus, la Turquie en fera partie», a déclaré Davutoglu dans un entretien accordé au quotidien Milliyet paru lundi. Selon Ankara,
«quelque 36 ou 37 pays discutent déjà de ces options»seraient prêts à passer outre la décision du Conseil de sécurité.
L’Allemagne a fait savoir quant à elle qu’elle approuverait une éventuelle «action» de la communauté internationale si l’usage d’armes chimiques était confirmé, tandis que l’Arabie saoudite exhortait le Conseil de sécurité à agir face aux «massacres effroyables» commis selon elle par Damas.
En revanche, l’Italie a rejeté mardi toute intervention militaire en Syrie sans approbation du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Assad et ses alliés menacent
Le président syrien Bachar al-Assad a prévenu Washington que toute intervention militaire contre son régime serait vouée «à l’échec», qualifiant d'«insensées» les accusations occidentales sur l’usage d’armes chimiques par son régime. «Les déclarations faites par des hommes politiques aux Etats-Unis et en Occident sont une insulte au bon sens», a-t-il déclaré.
Bachar al-Assad lundi lors d'une interview pour un journal russe. (Photo Sana Sana. Reuters)
Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a dénoncé mardi lors d'une conférence de presse à Damas une éventuelle frappe occidentale qui «servira les intérêts d’Israël et en deuxième lieu, le Front al-Nusra», groupe armé combattant avec les rebelles syriens et qui a prêté allégeance à al-Qaeda.
Mouallem a en outre assuré qu’une frappe occidentale n’affecterait pas la campagne militaire menée par Damas contre les rebelles. «S’ils pensent pouvoir ainsi empêcher la victoire de nos forces armées, ils se trompent. S’en prendre à la Syrie n’est pas une mince affaire. Nous disposons de moyens de défense qui vont surprendre les autres.»
La Russie, soutien indefectible de Damas, appelle les Etats-Unis et la communauté internationale à la «prudence» en Syrie. «Les tentatives visant à contourner le Conseil de sécurité (de l’ONU, ndlr), de créer une fois de plus des prétextes artificiels et infondés pour une intervention militaire dans la région vont créer de nouvelles souffrances en Syrie et auront des conséquences catastrophiques pour les autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord», a fait savoir le ministère.

Hier,
Sergueï Lavrov (photo AFP), le ministre des Affaires étrangères russe, avait déjà prévenu :
«Le recours à la force sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU est une violation grossière du droit international (...). Une intervention non autorisée par la communauté internationale ne fait qu’aggraver la situation dans un pays que l’on voulait sauver de la dictature et où l’on voulait imposer la démocratie.»
Autre allié du régime syrien, l’Iran a prévenu les Etats-Unis de «dures conséquences pour la Syrie mais aussi pour toute la région», en cas d’intervention. Téhéran s’aligne en effet sur les déclaration du régime d’Assad en affirmant que ce sont les rebelles qui sont impliqués dans l’attaque. Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a affirmé qu’il existait «des preuves».
De son côté, la Chine a préconisé elle la «prudence, afin d’éviter toute ingérence.»
L’Irak a lui affirmé être opposé à l’utilisation de son espace aérien ou de son territoire pour toute opération.
La mission de l'ONU en suspens
Les experts de l’ONU chargés d’enquêter sur ces attaques ont commencé à récolter témoignages et échantillons hier dans la banlieue de Damas. Ils devaient continuer, mais leur mission a été reportée à demain faute, selon le ministère de la Défense syrien, de garanties de la part des rebelles concernant leur sécurité. Hier, ils avaient été ciblés par des snipers. «Un examen complet de la situation a conduit à reporter la visite d’une journée afin d’améliorer la préparation et la sécurité de l’équipe», a déclaré un porte-parole des Nations unies, Farhan Haq.
Mais les insurgés ont démenti les accusations du gouvernement, affirmant que «le régime essaie de convaincre la mission que la vie de ses membres serait en danger si elle se rendait dans la Ghouta orientale».
L’ONU a confirmé avoir reporté à mercredi une visite de sa mission d’enquête, prévue mardi près de Damas, en raison de «craintes» pour la sécurité de son personnel. «Un examen complet de la situation a conduit à reporter la visite d’une journée afin d’améliorer la préparation et la sécurité de l’équipe», a déclaré un porte-parole des Nations unies, Farhan Haq.